Hystérie : Histoire d’une maladie ordinaire

Illustration : Matías Almargen

« Hystérique ». Le mot a déjà été lâché… À tort ou à raison, il nous est déjà arrivé à tous d’entendre ce terme faire irruption au cours d’un dîner de famille qui tourne mal, ou de l’entendre jaillir de la bouche de Pierre, Paul ou Jacques au sujet de sa dulcinée. Bien malgré nous, d’ailleurs, si on se remémore du froid sibérien et de la gène prequ’écrite sur les murs qui succèdent généralement l’événement. Depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, en passant par le siècle des lumières, l’hystérie fascine autant qu’elle intrigue. Mais après tout, n’est-il pas curieux que ce trouble mental ne vienne germer que dans le cerveau malade des femmes? Et dans le fond, est-ce réellement une maladie? A la manière de l’ouvrage de Michel Foucault paru en 1961, et retraçant l’Histoire de la Folie, cet articulet aura la courte prétention de faire le bilan de ce qu’on sait, comme de ce qu’on ne sait pas, à propos de ce trouble mental assez méconnu. 

Mais sans plus tarder, venons-en aux faits!

Bien que le terme soit assez galvaudé, et qu’il ait pu voyager depuis belle-lurette du champ lexical des blouses blanches à l’admirable registre des doux sobriquets dont chaque mari un tantinet soit peu exaspéré peut parfois user et/ou abuser à l’égard de sa dame, il convient avant d’aller plus avant de rappeler quels sont les symptômes fréquemment éprouvés par une personne hystérique. Aussi, parle-t’on souvent d’une perte de contrôle plutôt généralisée de sa personne, avec un verbe très sujet à l’exagération et à une propension surdéveloppée pendant les crises à communiquer une hyper-émotivité inappropriée et illégitime. Le sujet connaît alors beaucoup d’agitations en somme, avec un discours très en proie à l’angoisse. Crises de nerfs, syncopes et crises de tétanie ou encore vomissements intempestifs… Bref, je connais des exorcistes qui brûleraient leur soutane plutôt qu’à avoir à endurer ça. Beaucoup de symptômes très impressionnants peuvent survenir, choquant bien sûr énormément l’entourage du sujet. Exubérantes comme personne lors de leurs crises d’hystérie, on assiste alors à des personnes qui peuvent sembler littéralement possédées et qui n’ont alors de cesse de se mettre en scène, avec un talent tout particulier – il faut le reconnaître – pour la dramaturgie. On n’oubliera bien sûr pas au passage le lot de cris et de larmes qui accompagne systématiquement le sujet qui nous offre alors une parfaite démonstration de tout son mal. Le sujet peut même s’embestialiser jusqu’à amener sur le devant de la scène des contractures musculaires et même des crises de spasmophilie et d’épilepsie. Dans certains cas qui atteignent des sommets, on a également eu à supporter des sujets qui se plaignant alors d’anesthésies spontanées de leurs corps ou parties de leurs corps, de surdités totales ou partielles, et même de cécités survenant ex nihilo. Voilà voilà, je crois que tous les ingrédients connus à ce jour sur Terre, et qui, assaisonnés comme il se doit, peuvent parfaitement contribuer à faire une bonne petite salade d’hystérie. Nonobstant le bon choix des épices et condiments, ce qui fait à vrai dire surtout le succès d’une bonne petite salade, restant avant tout le nombre de convives et de fins gourmets autour de la table. Je précise que concernant tout ce déploiement de forces concernant les symptômes de ces crises, la magie commence là où la médecine s’arrête : impossible d’établir de diagnostic sérieux, d’un point de vue purement médical. Les symptômes visibles (très) ne trouvant pas de points de corrélations avec de quelconques pistes tangibles qui puissent passer à travers le prisme du stéthoscope. 

Une perception historique à géométrie variable 

Héritage des Grecs Anciens, le mot « hystérie » provient de « hustéra » qui désignait alors la matrice féminine. C’est d’ailleurs de cette même racine hellénique que nous est resté le terme d' »utérus ». Difficile alors, de ne pas faire de conclusion hâtive sur le sujet, lorsqu’on sait que l’origine elle-même du terme désigne un attribut biologique pour le coup, a priori, exclusivement propre à ces dames. 

Connue des Égyptiens près de 2000 ans avant Hippocrate, les Grecs Anciens quant à eux étaient intimement convaincus que la tourmente aurait été inextricablement mêlée à la nature-même de la femme. Ainsi, si pas fécondée pendant trop longtemps après l’âge nubile, l’échec de sa mission sur Terre viendrait alors expliquer les spasmes et les contorsions qui s’empareraient de son être. On imagine facilement le genre de remède que les Grecs Anciens devaient alors de préconiser pour guérir une femme souffreteuse. Personne ne dirait les choses mieux que Platon, alors autant le citer : 

« La matrice est un animal qui désire ardemment engendrer des enfants ; lorsqu’elle reste longtemps stérile après l’époque de la puberté, elle a peine à se supporter, elle s’indigne, elle parcourt tout le corps, obstruant les issues de l’air, arrêtant la respiration, jetant le corps dans des dangers extrêmes, et occasionnant diverses maladies, jusqu’à ce que le désir et l’amour, réunissant l’homme et la femme, fassent naître un fruit et le cueillent comme sur un arbre ».

Notre très cher et bon vieux Platon.

Bien que sans doute à moitié bidon, ce paradigme me semble malgré tout presque poétique. Ah, ces grands sages vêtus de toges avaient tout de même l’art et la manière d’expliquer l’inexplicable avec une certaine classe. Pendant toute cette période de l’Histoire, l’utérus est alors considéré comme un organe libre dans le corps de la femme, capable de se mouvoir et de se déplacer à sa guise. Des thèses entières ont été pondues de par le monde sur ce fameux « wandering womb » (littéralement, « ventre errant »), décryptant le processus entier décrit par Platon. Ce qui fait d’une femme une femme ne faisant pas ou plus l’objet du moindre assaut ni tentative de siège du mâle, la matrice féminine aurait alors tendance à se dessécher, l’obligeant de la sorte à chercher à s’hydrater en initiant sa quête de fluide ailleurs dans l’enveloppe charnelle de la femme. L’utérus se déplacerait alors de façon spontanée et indépendante, cherchant désespérément à se fixer sur une zone plus irriguée, notamment assez fréquemment sur le foie. Les désordres comportementaux découleraient alors eux-mêmes de ce remue-ménage infernal biologique, qu’on ne saurait imaginer sans répercussion sur le plan psychique. Quelle belle imagination! Il n’empêche que de tenter l’explication à une période aussi reculée reste, à mon sens, honorable. 

Illustration : Matías Almargen

Plus tard, arrive la sombre époque du Moyen-Age et ses longs siècles d’obscurantisme. L’obsession ambiante pour la religion, et la manie de tout vouloir expliquer par une manifestation soit des cieux, soit du Malin, n’ayant bien évidemment pas été une aubaine pour garantir une avancée constante de l’état de l’art médical, on devine aisément quelles dérives, pour ne pas dire régressions, auxquelles ont été livrées l’analyse du trouble. Accusées de sorcellerie, les femmes sujettes à l’hystérie, étaient alors condamnées à périr des flammes du bûcher, sans aucune autre forme de procès. On aurait sûrement grand peine à chiffrer, ne serait-ce qu’approximativement, le nombre de torches humaines qui connurent ce châtiment, mais toujours est-il que ce traitement de faveurs de révélât plus que monnaie courante. À des années lumières, donc, de discourir à propos de la condition de la femme nullipare, de celle de la vierge, ou de celle dont les mœurs auraient épousé la chasteté, le débat ne faisait pas long feu, si j’ose dire. Différents procédés, tous plus loufoques les uns que les autres, font néanmoins l’étalage d’une quête incessante tentant de prouver le commerce pactisé entre les sujettes à l’hystérie et le démon. Il n’était en effet pas rares que les femmes soupçonnées de sorcellerie soient mises à nu et rasées afin qu’on puisse identifier sur leur corps la fameuse « griffe du Diable », trace laissée par celui-ci sur le corps de ses émissaires. En France et un peu partout en Europe, les femmes passaient également au crible de différents tests délirants où une aiguille leur était plantée à peu près partout dans le corps dans le but d’identifier une quelconque zone d’insensibilité, preuve irréfutable du contact avec la griffe du démon. De cette manière, si une fois l’aiguille pénétrée dans la chair de la présumée endiablée, si celle-ci ne laissait aucune forme de souffrance transparaître ni de saignement perler, alors le prêtre exorciste obtenait ipso facto la preuve irréfutable que la sujet était possédé. 

Des siècles après l’Antiquité, on note une évolution des prétendues causes imaginées de l’hystérie, à savoir que pour les coup, les victimes qui en seraient frappées auraient pu avoir l’habitude de se livrer fréquemment à des attitudes lascives ou même d’avoir eu pour le moins la cuisse un peu légère. Le poids de la religion catholique commençant à se faire sentir sur fond de puritanisme, le quidam imagine sans difficulté aucune cette propension à accuser et apparenter au Malin, les femmes qui auraient peut-être aimé l’amour un peu plus que de raison.

Au XVIIème siècle, apparaît un mouvement curieux et difficilement qualifiable. La pudeur morale encore bien eimpreignée dans les mentalités et le corps médical, avançant tout juste péniblement sur le sujet, c’est l’époque à partir de laquelle, on préconise aux femmes de guérir de leur mal en faisant de l’équitation, ou encore de la balançoire. Comme si les pas d’un cheval marchant l’amble, donneraient l’impulsion nécessaire à une selle de pratiquer de miraculeux massages, on devine où. Idem pour la pratique de la balançoire, idée qui revêt un caractère presque encore plus mignon et amusant. Quoi qu’il en soit, on reste droit dans nos bottes à cette période, et le courant médical dominant de cette période affirme toujours bel et bien l’existence d’une corrélation étroite entre hystérie et sexualité féminine.

Illustration : Matías Almargen

À partir du XIXème siècle, c’est Paul Briquet qui ré-entreprend le chantier des études, sur un panel suffisamment substantiel pour oser en extirper par extrapolation certaines conclusions. Effectivement, c’est dans le sérail de l’Hôpital de la Charité, à Paris, qu’il examine plusieurs centaines de femmes. Le caractère génétique aurait alors pu être mis en évidence, avec une probabilité statistique de 25% qu’une femme hystérique donne la vie à une fille qui le deviendra autant qu’elle. Il y constate également une sur-représentation du trouble chez les prostituées que chez les femmes de haut rang social, ainsi qu’une prépondérance hystérique en milieu rural plutôt que dans les grandes agglomérations. Plus tard, c’est Jean-Martin Charcot, neurologue de formation, qui hérite des travaux de Paul Briquet. Bien qu’intimement d’une origine biologique à cette affection, ce dernier remue ciel et terre pour réussir à y voir plus clair lorsqu’il parvient à faire disparaître les symptômes de certains patients en pratiquant l’hypnose. Il prend note également en d’infimes proportions de l’existence de cas d’hystérie, chez les hommes. Quoi qu’il en soit, la théorie dominante du moment revient alors à penser à un déséquilibre nerveux lié à un problème de sexualité des femmes. D’après la Doxa en vigueur, les femmes ne devant faire l’amour, ni trop ni trop peu. Des messages clitoridiens leurs sont alors prescrites jusqu’à ce qu’un « paroxysme libérateur » vienne les soulager. Les séances durant parfois plus d’une heure, le progrès finit alors pour équiper les médecins de vibromasseurs à vapeur (Si, si, c’est vrai. Je le jure.) afin de raccourcir la durée moyenne de la séance et de permettre même à ceux-ci de traiter plusieurs patientes à la fois. J’ai parfaitement conscience que cela puisse être considéré comme surréaliste, mais des scènes de ce type-là ont réellement eu lieu au cours de l’Histoire. Pour ceux qui aimeraient creuser le sujet, le film au titre si bien trouvé « Oh my God » et dont voici le synopsis,(retrace les tribulations de femmes atteintes d’hystérie dans l’Angleterre victorienne. Le travail de Charcot vient donc paver la voie à de nouvelles hypothèses, lui qui avançait pourtant une origine biologique de l’affection à son corps défendant. 

Au début du XXème siècle, ceux qu’on appèle encore des « aliénistes » et qui devinrent de grands monuments de la psychanalyse s’attaquent eux aussi au sujet. On pense par exemple à Sigmund Freud ou encore, Carl Gustav Jungle dernier ayant fait ses armes en étant le disciple du premier. Des rapprochements sont alors faits avec ce qu’on appelle la « démence précoce », terme en vogue à l’époque, et dont Jung a tendance à abuser au point d’en voir partout. Beaucoup de points de divergence viennent alors sourdre entre les deux hommes, pour qui il s’agit tantôt d’une forme atypique de névrose, tantôt de névrose précoce. La piste du trouble lié à la sexualité n’en est pas moins écarté, puisqu’on parle également pendant être période d’ « auto-érotisme » ou encore de « libido introvertie ». L’introduction d’un tiers terme, à savoir celui de« névrose de transfert » présente alors le double avantage de réconcilier les deux hommes contemporains et d’apparaître comme une conclusion logique.

Pourquoi 95% de cas féminins pour seulement 5% d’hommes?

Chemin faisant, au cours de ce parcours historiques des causes perçues de l’hystérie et de ses divers traitements prescrits, il nous apparaît alors, et fort heureusement, que l’origine non biologique de celle-ci ait commencé à être prouvée. Il y a évidemment fort à parier que nous sommes à présents dans la bonne direction. Si disparités il y a entre les genres concernant les sujets qui en souffrent, preuve en est néanmoins que de toute évidence, l’utérus n’a absolument rien à voir dans l’origine de ce trouble. Une approche pragmatique, et dont je ne suis pas l’auteur, consisterait alors à mettre en évidence les différences majeures qui existent entre la façon dont la Société veut, et a toujours plus ou moins voulu, faire en sorte que les genres se comportent en son sein. Mais pour ce faire, et comprendre la théorie, il convient de rappeler brièvement l’héritage que nous tenons de Freud sur les différents parties de l’âme humaine : 

  • Le « Ça » : Représente la partie inconsciente de l’être humain, dans toute son animalité. Il agit comme une sorte d’énorme container dans lequel l’Homme viendrait enfouir ses pulsions profondes, des instincts inavoués et refoulés. 
  • Le « Surmoi » : Représente une sorte d’intériorisation personnelle des interdits parentaux et sociétaux. C’est une sorte de conscience interne, de petite voix donnée à la morale, et qui vient nous susurrer au creux de l’oreille quantités de « Je ne dois pas », « Il ne faut pas », et autres barrières qui viennent tracer des frontières infranchissables entre ce que la Doxa veut et attend de nous, et tout ce qu’elle bannit et proscrit de nos comportements conventionnels. 
  • Le « Moi » : Représente le masque de qui chacun est, et que chacun décide de montrer en public. C’est une version, la plupart du temps, améliorée du « Ça », et qui communique autour d’elle telle qu’elle a envie d’être perçue. Autrement dit, c’est une sorte de packaging de notre âme, revêtue par chacun, et qui fait montre des couleurs de notre personne, tel que chacun d’entre nous manifeste le souhait d’être lu, décrypté, interprété. 

Ces principes de base étant à présent rappelés, nous pouvons dès lors aller de  l’avant et tenter d’expliquer la sur-représentation féminine dans l’hystérie. Il conviendra bien sûr d’accepter ou non, cette théorie, puisque non prouvée, celle-ci a plus qu’aucune autre le droit d’être contredite. Je la trouve cependant fort intéressante, ce en quoi elle accepte des différences et inégalités entre les genres et leur relation avec le « Surmoi ». En effet, de par sa condition (évidemment indéniable), d’élément procréateur qui se doit d’abriter la vie avant de l’offrir au monde, la Femme dans toute sa Féminité, est poussée à nidifier en composant avec le monde qui l’entoure. « Recevant la graine de la vie » de l’extérieur, elle se doit d’accepter et d’être acceptée à son tour sans réserve par son environnement extérieur, puisqu’elle dépend de lui. Le Féminin éprouverait alors une propension naturelle à ne pas se révolter contre le système qui l’abrite : bien au contraire, il prendrait comme règle élémentaire de base le fait de l’accepter sans condition et de l’intégrer totalement. Sans vouloir faire dans le cliché, il en va de la bigoterie féminine. Dès lors, quoi de plus compréhensible qu’un être qui tenterait de transiger à tout prix entre son « Ça » et son « Surmoi » devienne complètement tourmenté en tentant tant bien que mal de raccommoder l’un avec l’autre? Ne pensez-vous pas qu’une créature humaine qui se sente contrainte de distordre en tous sens son être pour mieux lui faire épouser les formes attendues de la Société? Quels drôles de conflits intérieurs est-ce que les pauvres erres que nous sommes doivent être obligés de passer outre au cours de ce long périple qu’est la vie? Les 3 grandes instances de la psyché humaine décrites plus haut semblent en effet perpétuellement en train de mener le branle-bas de combat les unes vis-à-vis des autres et leur sempiternelle querelle ne semble pouvoir un jour se résoudre, que lorsqu’enfin, l’une l’aura définitivement emporté sur les deux autres, aura une fois pour toutes établi sa domination redoutable, en intimant aux deux autres de la fermer à tout jamais. Je ne voudrais sûrement pas vexer dans le sexisme, bien au contraire… Moi qui ai pu de par le passé écrire un article assez caustique concernant la cause féministe. Mais repartant de la conclusion de ce papier, et fidèle à mes opinions, je considère que si l’on considère que l’homme et la femme sont différents, par nature, et par leurs conditions réciproques, je n’éprouve alors aucune difficulté à concevoir que les terribles diatribes dont peuvent s’accuser réciproquement l’instance psychologique de « Ça » d’une femme et son instance de « Surmoi ». Mon Dieu… Quel lot de tourments. Pour ma part, je pense que l’homme vit une masculinité bien plus libre, par essence, car sa quiddité le veut intrinsèquement libre. A titre d’exemple, je pense que célèbre cow-boy de Marlboro peut à lui seul cristalliser toute la quintessence de ce que la Société attend d’un homme : Un type qui vagabonde, avec son ombre pour seule compagnie, qui ne pleure jamais, ne se plaint, offrent les règles établies s’il le faut, auquel le péché est presque d’office pardonné, et qui n’a pas à trembler de vouloir modeler le monde à sa façon si celui-ci ne lui convient pas/plus. Je grossis peut-être à peine le trait, mais c’est le même crayon. D’un autre côté, ai-je besoin de jeter sur le tapis l’éternel débat qui veut qu’un homme qui parvient à ses fins en multipliant les conquêtes est qualifié de « tombeur » ou de « Dom Juan », tandis que ces mesdames les plus frivoles seront systématiquement stigmatisées pour rejoindre le rang des « catins » et des « salopes »? Je m’y attarde un tantinet soit peu, juste en passant, car je trouve qu’il est pertinent de le rappeler à ce moment précis de la construction du discours : Un homme n’a pas à lutter contre ses pulsions, au contraire… Il en a le droit. Et s’il s’écoute, la Société approuvera et l’acclamera. A contrario, une femme qui aimerait autant l’amour, aura à lutter perpétuellement pour refrainer tout son instinct de vie, au risque de faire honte à son nom et de déshonorer sa famille. Voilà voilà… Ca ne vous rappelle rien tout? Les fameuses attitudes lascives et autres accusations portées sur la chair qui incriminèrent les « sorcières » médiévales… Ceci n’est bien sûr qu’un exemple, mais je devine que le poids de ce que l’Establishment jette sur nos épaules aux uns et aux autres ne doit sûrement pas se mesurer en Kilos. Je n’ai alors aucun problème et ne tremblerai même pas une fraction de seconde, à décréter que si l’hystérie est un trouble éminemment plus féminin que masculin, c’est sans doute la force de torsion exercée par la Société sur ce qu’on attend d’une femme, et bien pis que celle exercée sur les hommes.

Illustration : Matías Almargen

L’hystérie clinique et la simple tendance à l’hystérie 

Il y a tout un monde entre ce qu’est un patient « clinique » et un sujet, dit, à tendance hystérique. Le premier a sa place dans les hôpitaux. Le second ne coche tout bonnement pas toutes les cases nécessaires pour bénéficier de ce traitement de faveur qu’est l’emmuration. Et quoi de plus normal? Autrement, 90% d’entre nous auraient probablement déjà séjourné dans une chambre capitonnée ou n’auraient tout bonnement jamais pu se serrer la pince, la camisole se prêtant relativement peu aux salutations cordiales. Ipso facto, le Féminin serait par essence bien moins enclin que le Masculin à remettre en question son « Surmoi », qui rentrerait en conflit avec son « Ça ». Lorsqu’on considère que des traits de caractère tels que la créativité ou le non-conformisme puissent être qualifiés de « troubles mentaux » par les Américains (Si, si, c’est vrai, ça aussi, bien que très récent), on peut alors comprendre que le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5ème édition) agit en tant que véritable usine à malades. Le terme d' »hystérique » n’ayant pas vraiment le vent en poupe par les temps qui courent, on parlera actuellement plus facilement de « trouble histrionique », dont le qualificatif parle de soi : « qui a une tendance marquée à la dramatisation, au théâtralisme et à l’hyper-expressivité émotionnelle. » Il est alors bien regrettable que l’une des insultes les plus populaires à l’encontre des femmes reste bien celle d’« hystérique ». Et pas seulement parce que le terme n’est plus en vogue. Il nous est sans doute survenu à tous de croiser une ou des femmes qui pourraient parfaitement coller à l’idée préconçue qu’on se fait de ce trouble. Dès lors, il incombe au spectateur de ces fameuses crises de savoir où placer le curseur, entre la démonstration ordinaire de cette souffrance, et sa manisfestation d’ordre parfaitement clinique. On parle souvent de « maux nécessaires » à ceci, ou à cela. Quoi qu’il en soit, que le trouble histrionique, soit anodin ou d’un stade sévèrement avancé, il ne relève en aucun cas d’un sacrifice indispensable au bon fonctionnement des rouages d’une Société. Il n’en reste quoi qu’il arrive qu’une simple résultante et dont tout le monde se passerait bien. Le théâtre retrouverait alors peut-être ses lettres de noblesse, et l’art de la dramaturgie serait sans doute pratiqué à meilleur escient.

LD

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